Roue du changement et addiction (Prochaska) : comprendre les stades et renforcer le pouvoir d’agir
- De Vous à l'Autre

- 17 août 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 févr.

Le changement de comportement, notamment dans le cadre des addictions, est un processus complexe qui ne se décrète pas. Arrêter une consommation, modifier une habitude ancrée ou engager un parcours de rétablissement demande du temps, de la conscience et un accompagnement adapté.
Le modèle transthéorique de Prochaska et DiClemente, appelé communément Roue du changement, permet de comprendre les différentes étapes traversées par une personne engagée dans un processus de transformation. Il est aujourd’hui largement utilisé dans l’accompagnement des addictions, en santé mentale et dans les dispositifs de réhabilitation psychosociale.
Les six stades de la roue du changement de Prochaska dans l’addiction
Pré-contemplation
La personne ne perçoit pas encore la nécessité de changer. Dans le cadre d’une addiction, le comportement est souvent minimisé ou rationalisé.
Contemplation
La personne reconnaît l’existence d’un problème. Elle oscille entre les bénéfices perçus de la consommation et les conséquences négatives. Cette ambivalence est centrale.
Préparation
Un engagement intérieur commence à se structurer. La personne recherche des solutions, envisage un accompagnement, planifie des actions concrètes.
Action
La mise en œuvre du changement débute : réduction ou arrêt de la consommation, modification de l’environnement, engagement dans un suivi.
Maintien
Le défi devient la stabilisation. Les habitudes anciennes peuvent resurgir. Le soutien et les stratégies de prévention de la rechute sont essentiels.
Rechute
Dans le cadre des addictions, la rechute n’est pas un échec, mais une étape fréquente. Elle permet d’identifier les déclencheurs et de renforcer les stratégies futures.

De la roue du changement au savoir expérientiel : un chemin de reconstruction
Si la roue du changement permet de comprendre les étapes traversées dans l’addiction, elle trouve un écho puissant dans les modèles de rétablissement qui décrivent la transformation progressive de la personne.
Le schéma de reconstruction illustre comment, à partir d’un traumatisme lié à la maladie ou à l’addiction, peut émerger un déclic, puis une dynamique d’espoir, de motivation et d’empowerment. À mesure que la personne avance, elle développe de nouvelles attitudes, acquiert des apprentissages, expérimente l’autogestion et construit progressivement de nouveaux savoirs et compétences.
Ce processus transforme l’expérience vécue en savoir expérientiel. Ce savoir n’est pas théorique : il naît du parcours, des rechutes, des ajustements, des prises de conscience. Il permet à la personne de redevenir actrice de sa trajectoire, de redéfinir ses objectifs de vie et de restaurer son pouvoir d’agir.
La roue du changement décrit les étapes.Le rétablissement décrit la transformation.Le savoir expérientiel en est le fruit.
C’est précisément sur cette base que s’appuie la pair-aidance, qui valorise l’expérience vécue comme ressource d’accompagnement.
Addiction et pouvoir d’agir : un levier central
La roue du changement met en lumière un élément fondamental : le pouvoir d’agir de la personne accompagnée.
Le changement ne peut être imposé de l’extérieur. Il doit émerger d’un processus interne où la personne retrouve progressivement :
sa capacité de décision
sa compréhension des mécanismes
son autonomie
sa responsabilité choisie
Dans l’accompagnement des addictions, renforcer le pouvoir d’agir (empowerment) permet :
de sortir de la culpabilisation
de valoriser les réussites partielles
d’accepter les rechutes comme apprentissages
de replacer la personne au cœur de son projet
Ce modèle rejoint pleinement les approches contemporaines de l’autodétermination et du rétablissement en santé mentale.
La rechute dans l’addiction : une étape normale du processus de changement
La rechute dans l’addiction est souvent vécue comme un échec personnel. Pourtant, dans le modèle de la roue du changement de Prochaska, elle est considérée comme une étape prévisible et intégrée au processus. Environ 70 à 80 % des personnes engagées dans un parcours de changement traversent au moins une rechute avant de stabiliser durablement leur comportement.
Plutôt que de voir la rechute comme une rupture définitive, il est plus juste de l’envisager comme un moment d’apprentissage. Elle permet d’identifier les déclencheurs, les contextes à risque et les fragilités persistantes. Dans le cadre des addictions (alcool, tabac, substances, comportements), la rechute devient un indicateur précieux pour ajuster les stratégies d’accompagnement.
Déculpabiliser la rechute est essentiel : lorsque la personne comprend que cette étape fait partie du processus normal de changement, elle peut transformer la culpabilité en analyse constructive. C’est précisément dans cette phase que l’accompagnement prend tout son sens : soutenir, ajuster, renforcer la confiance et rappeler les ressources déjà mobilisées.
Dans une logique de rétablissement, la rechute ne remet pas en cause le chemin parcouru. Elle s’inscrit dans une dynamique progressive où chaque expérience, même difficile, contribue à renforcer l’autodétermination et la capacité à agir sur sa trajectoire.
Le rôle de l’accompagnement dans chaque stade
Chaque étape nécessite une posture spécifique :
En pré-contemplation : information sans pression.
En contemplation : travail sur l’ambivalence.
En préparation : structuration d’un plan d’action.
En action : soutien concret.
En maintien : renforcement et prévention des rechutes.
En rechute : déculpabilisation et analyse constructive.
L’accompagnement doit s’adapter au stade réel de la personne, et non à ce que l’on souhaiterait qu’elle fasse.
Pair-aidance et addiction : une approche complémentaire
Dans le cadre des addictions, la pair-aidance joue un rôle particulier.
Un pair aidant mobilise son savoir expérientiel pour accompagner les différentes étapes de la roue du changement. Il ne se positionne pas comme expert extérieur, mais comme personne ressource ayant traversé un processus similaire.
Cette approche favorise :
l’identification
la compréhension des mécanismes
la restauration de l’estime de soi
le renforcement du pouvoir d’agir
Elle s’inscrit dans une dynamique de rétablissement où l’accompagné reste acteur principal de son parcours.
Engagement et terrain
Mon engagement bénévole au sein du mouvement Vie Libre, association historique d’accompagnement des personnes concernées par l’alcoolisme et les addictions, nourrit cette compréhension concrète des stades du changement avec laquelle j'accompagne les personnes dans leur processus.
J’aurais également l’occasion d’intervenir lors de journées d’étude consacrées à l’"autodétermination et au pouvoir d’agir", mettant en lumière l’importance de replacer la personne accompagnée au centre de son projet de rétablissement.
La roue du changement n’est pas seulement un modèle théorique : c’est un outil vivant, profondément humain, qui rappelle que le changement est un processus progressif, parfois fragile, mais toujours possible.
Conclusion
Comprendre la roue du changement dans le cadre des addictions permet :
d’éviter les jugements hâtifs
de respecter le rythme de chacun
de valoriser chaque étape
de soutenir durablement le processus de rétablissement
Le changement est rarement linéaire. Mais lorsqu’il s’appuie sur le pouvoir d’agir, l’accompagnement adapté et une compréhension fine des stades traversés, il devient un chemin de transformation solide et durable.




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